26 septembre 2021

Canal+, un ami qui vous veut du bien

Avec l’échec conjoint de la LFP et de Mediapro, le football français se trouve dans une situation précaire. Canal + qui communiquait comme le sauveur potentiel du football hexagonal, le lien historique, pose des conditions qui font grandir l’inquiétude.

Le milliard du football français posé par Mediapro ne sera jamais. Il est loin le temps où Didier Quillot, le patron de la LFP, et certains présidents de clubs français bombaient le torse avec cette somme obtenue tout en se dégageant de la pression de Canal+.

Les casseroles du groupe sino-espagnol n’avaient pas inquiété outre-mesure les décideurs du football français. Aujourd’hui, ce ne sont pas la L1 et ces décideurs qui sont en danger. Eux, survivront, par contre, les petits, les clubs de L1 plus modestes et ceux qui oscillent entre les deux divisions sont dans une santé financière fragile et au bord du précipice.

Sous perfusion des droits télé, l’arrivée de la rondelette somme annoncée par Jaume Roures, le patron de Mediapro, a rendu l’optimisme à certains de ces clubs. Les plus imprudents ont pu dépenser cet été un argent qu’ils ne verront jamais. Le danger est là alors qu’une réunion s’est déroulée entre l’UNFP et la LFP hier, le 12 janvier pour discuter des réductions salariales à adopter dans les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2. C’est bien une faillite qui guette certaines équipes de notre championnat.

L’urgence est là mais pourtant Canal + n’a pas l’air pressé du tout. Alors que tout semblait parti pour être réglé rapidement, avec un accord gré à gré Canal+ a fait savoir qu’il voulait que la LFP procède à un nouvel appel d’offres en rendant son lot de diffusion. Qu’est-ce que ça cache? Alors que certains avancent que c’est une manœuvre des dirigeants de la chaîne cryptée pour inciter l’Etat à bouger sur des dossiers tiers comme celui de la TVA à 5,5 % ou une mise à disposition plus rapide des films du cinéma français, ce qui motive surtout la chaîne de Vincent Bolloré c’est de réduire les coûts.

En situation de quasi-monopole, c’est Canal + qui va dicter les montants, le milliard sera un très lointain souvenir. D’ailleurs, la quatrième chaîne s’en fiche un peu des matchs du multiplexe, quelques 300 rencontres, tout de même, celles qui font la moëlle de l’élite française.

Maxime Saada, président du directoire du groupe Canal+ a fait savoir hier soir que la chaîne cryptée allait restituer ses propres droits : les matchs du samedi 21h et du dimanche 17h (qui sont en fait sous-licenciés par Bein Sports pour 330 millions d’euros).

Téléfoot doit diffuser les matchs jusqu’au 31 janvier. Derrière, personne n’est actuellement diffuseur de la L1. Canal + veut un appel d’offres. Il faut compter trois mois en temps normal, la situation pourrait peut-être ramener le délai à un mois. Peut-on craindre un écran noir?

Maxime Saada rassure à ce sujet (ou pas). Il évoque le pay-per-view, payer son match à l’unité. En gros, le système appliqué par la NBA et les sports américains et qui vise à faire payer les spectateurs occasionnels pour une affiche de temps en temps. Le supporter assidu sera encore le lésé car il paiera autant, sinon plus qu’avec Téléfoot.

Finalement, tout ceci ne serait qu’une pression du groupe Canal+ qui démontre qu’il est tout puissant et a déjà indiqué que les prix devront être réévalués. La chaîne cryptée va utiliser la crise sanitaire qui va générer un pic de chômage et donc des risques de désabonnements ainsi que le piratage qui se généralise pour faire encore plus dégringoler les tarifs.

La LFP est dos au mur, Canal + a tout son temps et ne fera pas de cadeau, ce n’est pas la malheureux Stéphane Guy, évincé sèchement de Canal +, qui dira le contraire. Citoyen, Citoyenne, le chapiteau du grand football circus français risque bien de s’écrouler.

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