mer. Déc 7th, 2022

Le XV de France féminin défie l’Angleterre, samedi à 9h, lors de la deuxième journée de la phase de groupes du Mondial.

Première nation mondiale, rouleau-compresseur, archifavorites… Les superlatifs ne manquent pas quand il s’agit de qualifier les Anglaises, prochaines adversaires des Françaises dans la poule C de cette Coupe du monde 2022. Face à une nation invaincue lors des trois dernières années, la tâche s’annonce corsée pour le XV de France, samedi 15 octobre, à Whangarei (Nouvelle-Zélande).

Car même si Emily Scarratt, la star des Red Roses, a assuré à l’AFP que « ce sera très difficile » contre l’équipe de Thomas Darracq, l’Angleterre impressionne tellement que l’on voit mal comment les Bleues pourraient créer l’exploit. Mais comment expliquer une telle domination ?

Parce qu’elles ont été professionnelles avant tout le monde

Cette suprématie sur la discipline est tout sauf le fruit du hasard, l’Angleterre étant la première nation à avoir entrepris le développement du rugby féminin. Dès 2017, l a Fédération anglaise a pris de l’avance sur la concurrence en investissant plus de trois millions d’euros pour engager la professionnalisation de son championnat national, le faisant passer à 10 équipes avec des franchises issues des sections féminines des grands clubs chez les hommes.

« L’Angleterre a compris avant tout le monde les enjeux du rugby féminin en faisant la promotion du Premier 15s comme l’égal d’un championnat masculin », juge Laura Di Muzio, ancienne internationale française devenue consultante.

Dans la continuité de cette première posée, tout est mis en oeuvre pour favoriser le bon travail des Red Roses. Depuis 2019, les internationales possèdent des contrats fédéraux leur permettant de se consacrer uniquement à la pratique de leur sport, tandis que les autres joueuses travaillent à côté.

Parce qu’elles sont lancées dans une impressionnante série de victoires

La différence de méthode se fait d’ailleurs sentir tant les Anglaises tournent à plein régime depuis leur dernière défaite en juillet 2019. Sur leur lancée après 25 victoires de rang, dont deux contre les championnes du monde néo-zélandaises fin 2021, les joueuses de Simon Middleton ont fait exploser des Fidjiennes inexpérimentées (84-19), samedi dernier pour leur entrée dans ce Mondial, grâce à une impressionnante pelletée de 14 essais inscrits.

Avant d’affronter les Bleues, les Red Roses s’avancent donc sûres d’elles. D’autant plus qu’elles ont remporté les dix derniers duels face à leur adversaire préféré. En avril encore, la France s’était logiquement inclinée 24-12 lors de la « finale » du Tournoi des six nations. Mais pas de quoi ni en « faire une fixette », ni penser à une « revanche » selon Gaëlle Mignot, l’adjointe de Thomas Darracq en charge de la mêlée.

Côté Tricolores, on estime qu’un succès est « possible ». « Certes, on ne gagne pas les derniers matchs contre elles, mais on n’est jamais loin, a jugé l’ailière Émilie Boulard après la victoire contre l’Afrique du Sud, la semaine passée. Forcément, il y a un peu d’agacement parce qu’on a envie d’y arriver, mais notre motivation pour les battre est décuplée ». Encore faut-il que la motivation suffise.

Parce qu’elles font preuve d’efficacité grâce à un groupe qui se connaît bien

Tandis que les Bleues avancent dans cette Coupe du monde sans grande certitude après une tournée d’automne peu rassurante, Simon Middleton a, lui, la chance de compter sur un « mix de cadres et de petites jeunes injectées au fur et à mesure » qu’il connaît par coeur selon Laura Di Muzio. Il faut dire que comme six des joueuses actuelles – dont la capitaine Sarah Hunter qui doit égaler samedi le record de 137 capes avec l’Angleterre – le coach était déjà avec les Red Roses, en tant qu’adjoint, lors de leur deuxième titre mondial acquis en 2014.

Depuis sa prise de fonction en tant qu’entraîneur principal il y a sept ans, il a eu le temps d’instaurer un style de jeu minimaliste mais diablement efficace. « Nous construisons notre jeu autour de notre demi de mêlée et notre demi d’ouverture, a-t-il résumé en conférence de presse. Le rôle de la première est très simple : aller vite dans les rucks, remettre rapidement le ballon dans les mains de l’ouvreuse, passer au suivant et répéter l’opération ». Résultat, les Anglaises excellent sur les ballons portés. Thomas Darracq a d’ailleurs estimé qu' »entre 70 et 80% des essais anglais sont marqués sur pénaltouche ». Pour couronner le tout, l’arrière Helena Rowland marque souvent grâce à un jeu au pied long et puissant.

En bref, l’Angleterre est une machine infernale qui exploite n’importe quelle faille de son adversaire. Pas de bonne augure pour la France qui a encore connu un trou d’air de 50 minutes contre une Afrique du Sud bien moins forte sur le papier. Reste désormais à savoir si les Bleues seront en mesure combler cette classe d’écart le temps d’une rencontre.