12 novembre 2019
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La Coupe du Monde féminine 2019, un succès populaire mais pas une révolution

La coupe du Monde féminine de 2019 sera un succès. Même si le spectacle sportif a été quand même très largement décevant,  l’organisation peut se targuer d’une édition à succès qui a séduit des spectateurs même si plusieurs personnalités ont tenté de tirer la couverture à elles en piétinant, en premier lieu, les sportives.

Les Bleues ont connu une audience TV jamais vue jusqu’ici avec plus de 12 millions de téléspectateurs sur les derniers matchs. Le frémissement était déjà palpable lors de la précédente Coupe du Monde féminine avec des audiences autour de 5 millions pour l’équipe de France mais celle-ci n’avait pas profité de la large vague médiatique qu’il y a eu cette année avec des émissions spécialisées sur plusieurs chaines et une très grosse campagne publicitaire, ce qui était bien naturel pour une compétition internationale qui se déroulait pour la première fois en France.

Malheureusement, les téléspectateurs ont été beaucoup moins enthousiastes devant leur petit écran en dehors des matchs de Bleues avec des audiences plus confidentielles pour les matchs de poule. L’audience, depuis l’élimination des joueuses de Corinne Diacre, elle, a diminué de plus de 50%.

Dans les stades, les Françaises ont été suivies comme les Américaines qui déplaçaient un fort contingent de supporters (avec les Pays-bas aussi) mais c’est beaucoup moins vrai dans les autres matchs avec pas mal de sièges vides (en plus des no-show ces personnes dotées de billets mais qui ne se rendent pas au stade). L’affluence moyenne devrait être bonne mais en deçà des précédentes éditions.

On sera loin des 37 000 spectateurs de moyenne de la compétition américaine de 1999 et ses 90 185 spectateurs pour la finale au Rose Bowl de Los Angeles. Les chiffres de 2007 ne seront pas battus non-plus, la Chine avait fait 31 000 spectateurs de moyenne, ni le mondial allemand de 2011 avec ses 26 428 spectateurs de moyenne.

La bonne unité de comparaison est la dernière édition au Canada en 2015 qui comptait le même nombre d’équipe (24). Au total,  1 353 506 spectateurs ont garni les stades canadiens avec une moyenne de 26 028 spectateurs.

Cette année, avant la finale et le match pour la 3eme place, 1 051 964 spectateurs ont fréquenté les stades de l’Hexagone (source Bien Public). Si on admet des matchs remplis au maximum des capacité du Groupama Stadium (59 000) pour ces deux matchs restants, il y aura 1169 964 spectateurs au total pour cette Coupe du Monde, soit 22 499 spectateurs de moyenne par rencontre. Cette édition devrait donc quand même battre le flop américain de 2003 et ses 21 239 spectateurs de moyenne.

Quand on se remémore les déclarations de Frédérique Jossinet, responsable du football féminin à la FFF, à  20 Minutes il y a quelques jours à la lumière de ces chiffres, c’est un peu gênant :  C’est une réussite populaire « qui ne fait pas débat ». « Il faut voir d’où on part, rappelle-t-elle. Au Canada il y a quatre ans [lors de la précédente édition], aux Pays-Bas lors de l’Euro [en 2017] ou aux JO, alors oui il y avait un élan pour suivre l’équipe qui jouait à domicile, mais à côté il n’y avait personne dans les stades ! Il faut avoir ça en tête. Ce qu’il se passe là est hallucinant. »

Hallucinant, effectivement. Si les dirigeants eux mêmes, ne sont pas au courant des chiffres ou, pire, colportent des mensonges, on ne peut pas être étonné de voir des plateaux TV remplis de bons sentiments où la moindre critique est une attaque  à la Nation.

En mémoire, une très dérangeante séquence dans l’émission C à Vous où Denis Brogniart n’hésite pas à critiquer ouvertement le travail des journalistes de presse écrite qui couvrent le football depuis des années.

Selon lui, ces journalistes ne se permettrait pas d’employer des termes comme le mot « bouillie » à l’encontre des hommes. Encore une fois, c’est taper à côté, parce que, pas plus tard que l’an passé, dans l’Equipe aussi, le France- Danemark, dernier match de poule des Bleus avait été qualifiée aussi de « bouillie » et même de « mascarade ».


Reste que l’analyse des ces journalistes s’est révélée être juste pour les matchs des Bleues. Après une qualification poussive contre un Brésil très faible, les Françaises n’ont quasiment pas existé face aux USA. Globalement, les Bleues et surtout Corinne Diacre ont manqué leur rendez-vous. En sortant d’une poule très aisée,  elle n’ont finalement maîtrisée qu’une rencontre, la première face à la Corée du Sud.

Ce premier match a d’ailleurs fait des dégâts. Certaines personnes, souvent issues des médias, ont cru bon de mettre en avant le foot féminin en tapant sur les hommes.
Une bien curieuse méthode pour des personnalités, dont on attend toujours leur deuxième tweet sur la compétition à quelques heures de la finale.

Plusieurs personnes ont cru bon de suivre ce mouvement en opposant les équipes de France. Ces personnes n’étaient souvent pas des supporters, juste des personnes cherchant à donner un autre rôle à une compétition sportive. On peut regretter qu’elles n’aient pas été aussi élégantes que les joueuses sur le terrain.

On passe sur la pseudo-affaire du début de Coupe du Monde à Clairefontaine. Peu ont pris le temps de lire le règlement FIFA qui était derrière ce déménagement et surtout personne n’a relevé la convivialité régnant entre les joueurs et les joueuses des équipes de France ainsi que leurs staffs qui avaient fait un repas commun à Clairefontaine  avant les échéances des uns et des autres.

L’unité était là, le monde politique a essayé de s’immiscer pour s’attirer un peu de lumière en faisant mine de défendre les femmes de l’équipe de France mais qui ont juste réussi à parasiter leur préparation.

Derrière, la foire ne s’est pas arrêtée et si d’un côté Marlène Schiappa prône une égalité salariale qui ne peut exister car visiblement, elle ne connaît même le déroulement du championnat français avec des matchs qui n’attirent que quelques centaines de spectateurs et des clubs qui n’ont pas ou peu de moyens pour maintenir leurs équipes féminines à ce niveau. Ça sera peut-être le cas lorsque la D1 féminine sera réellement professionnelle et passera sous l’égide de la LFP.

Cependant, il manquait bien encore quelqu’un au bal des déclarations farfelues de la récupération politique :


Segolène Royal a été très fort dans le commentaire à côté de la plaque en indiquant : « Et peut-être qu’un jour on verra des équipes mixtes. Ce serait formidable. On va me répondre : « Mais qu’est-ce qu’elle raconte… » Et pourquoi pas ? Pourquoi pas du foot à équipes mixtes ? Vous imaginez le spectacle, c’est extraordinaire » Extraordinaire. Effectivement pour qui connaît le sport ou le football, on ne peut qu’être accablé par la bêtise de ces mots.

Cette Coupe du Monde Féminine aura décidément été très longue pour ceux qui ont subi ces commentaires et comparaisons ridicules. Ceux qui ont réussi à passer à côté ont pu profiter de la compétition.
C’était ça l’essentiel : profiter de l’événement sans venir systématiquement alourdir le football féminin en s’en servant comme prétexte pour taper sur un sport dont la détestation dégouline de certains commentaires.

Si d’aventure, ce jugement est top hâtif et que ces personnes viennent aider au développement de la D1 Arkema dès la reprise du championnat. Tant mieux et on ne pourra que les remercier. Mais on peut douter de voir ces « générations spontanées de commentateurs footballistiques » évoquer les rencontres de Soyaux, Fleury, Montpellier, Lyon ou Metz en septembre…

C’est pourtant bien là que le football féminin a besoin du soutien des politiques et des personnalités mais le soufflet médiatique et ses paillettes sera retombé d’ici là, comme leur intérêt.

Pourtant, ça sera bien là que se préparera déjà la Coupe du Monde 2023 des futures Bleues qui méritent mieux qu’un soutien intéressé tous les quatre ans.

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