18 septembre 2019
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La LFP sanctionne des chants homophobes ou des insultes?

Depuis le début de saison, la LFP a décidé de lutter contre les chants homophobes dans les stades. Une initiative qu’on ne peut que féliciter, sauf qu’en réalité ce n’est absolument pas ce qu’il se passe.

Lors de Nancy – Le Mans, match de la 4ème journée de Ligue 2, les spectateurs et téléspectateurs de la rencontre ont été stupéfaits de voir l’arbitre stopper quelques minutes le match pour un chant « La Ligue, la Ligue, on t’en… ». Plus tard, on apprendra qu’un vrai chant homophobe envers les Messins avait été entonné à Picot juste avant. Pour le coup, si c’est ce chant qui était visé, c’était plutôt bien de réagir pour le faire taire.

Pour la deuxième journée de Ligue 1, c’est Rennes qui s’est retrouvé sous le feu médiatique pour des « PSG (ou Mbappé) on t’en… ». Cependant, le match n’a pas été arrêté mais les chants ont été consignés dans le carnet du délégué de la LFP.

Le même jour, un peu plus tôt, des chants identiques et encore plus audibles ont été entonnés par les supporters Stéphanois à Geoffroy Guichard face à Brest. « La Ligue on t’en… » n’a pas occasionné d’arrêt de la rencontre.

Hier, avait lieu Brest – Reims en L1 et encore une fois, la Ligue en a pris pour son grade avec « La Ligue on t’enc… ». Cette-fois, l’arbitre a réagi au quart de tour pour stopper la rencontre pour chants homophobes.

Qu’est ce qu’il se passe tout à coup à la LFP? En fait, elle applique avec une réactivité qui lui est rare, les consignes soufflées par Roxana Maracineanu, la Ministre des Sports, qui en mars dernier, avait été choquée par les chants parisiens envers les Marseillais lors de PSG – OM en Ligue 1 (bien qu’il y en ai autant dans les deux sens…).

Elle avait déclaré : « C’était le PSG qui criait contre Marseille, et au lieu d’encourager leur équipe, ils disaient des choses horribles sur Marseille. Apparemment, c’est historique, mais ce n’est juste pas possible. (…) J’encourage fortement la Ligue et j’y travaille avec Nathalie Boy de la Tour pour qu’il y ait des pénalités et que les clubs deviennent plus responsables par rapport à cela parce que le supporterisme en sortira gagnant.  »

Oui, dans les stades il y a des gros mots, il y a des insultes. Alors oui, aujourd’hui, on entend presque à chaque match « La Ligue on t’en… » Il faut se demander pourquoi. Depuis plusieurs années, la LFP et les Préfets publient des arrêtés d’interdiction de déplacement et sanctionnent à tour de bras sans aucun discernement.

Les supporters de football sont des cobayes dans le laboratoire de la justice depuis des années. Les interdictions administratives de stade fleurissent. Empêtré dans la cris des Gilets Jaunes, le gouvernement a donc tenté de transposer le traitement des supporters à tout le monde avec sa loi anticasseurs mais l’interdiction administrative de manifester a été retoquée par le Conseil constitutionnel. On lui reprochait d’entraver les libertés d’aller et venir, le droit d’expression collectif et de réunion, qui sont protégés par la Constitution.

Exactement ce dont se plaignent les supporters de football. Le traitement infligé aux supporters est donc anticonstitutionnel. Ce qu’on peut faire à un supporter de football, on ne peut pas le faire à un manifestant. Face à ça, la Ligue et les Préfets ont eu comme réponse d’augmenter encore la cadence des interdictions arbitraires de déplacements d’un département à l’autre. Même le match Cannes – Nice (B) en National 3 a été visé ce week-end.

Derrière, oui, forcément, les supporters répondent avec des chants et des banderoles. Ils ne cassent rien, ils scandent, comme des manifestants pacifistes. Ils insultent, oui, mais, pour qui prend la peine d’ouvrir un dictionnaire « enculer » n’est pas réservé à une partie de la population, c’est une pratique sexuelle universelle. Demandez à cette pauvre Thérèse du Père Noël est une ordure.

Au-delà du caractère homophobe qu’il est impossible de relever dans ces cas, on peut s’interroger sur la promptitude des arbitres à réagir dans des stades plus modestes comme Nancy et Brest alors qu’ils ne se permettent pas la même chose dans les plus grandes enceintes.

Et surtout, le fait de réagir systématiquement au même chant donne surtout l’impression que la Ligue cherche à censurer les insultes à son adresse.On espère que c’est un malheureux concours de circonstances car à Brest, il n’y a eu rigoureusement aucun chant qui puisse porter à polémique en dehors de celui adressé à la LFP.

D’ailleurs, en l’état, les supporters par provocation risquent d’entonner de plus en plus ce chant. L’effet serait alors calamiteux pour la Ligue et le football.

Si la Ligue veut plus de justice dans les stades, qu’elle s’occupe des problèmes existants au lieu d’en créer de nouveaux.

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