16 octobre 2019
Chroniques France Ligue 1 Ligue 2

L’infinie cruauté du système de barrage

C’est Lens qui ira défier Dijon pour tenter de prendre sa place en Ligue 1. Une lutte qui laissera des séquelles au malheureux et qui couronnera un verdict injuste pour clôturer la saison.

Lens a été magnifique de courage face au Paris FC puis face à Troyes. Deux matchs qui ont été disputés jusqu’aux prolongations et même jusqu’aux tirs au but pour la rencontre entre Artésiens et Parisiens.

La tension était maximale, le spectacle pouvait être intéressant pour le spectateur neutre bien que la qualité n’était franchement pas au rendez-vous.

D’un œil extérieur, ces play-offs clôturés par des barrages peuvent sembler une bonne idée pour apporter de l’intérêt à la Ligue 2.

Cependant, le championnat n’avait pas besoin de ça pour être spectaculaire. Paradoxalement, il y a même eu très peu de buts marqués cette saison, seulement 834 réalisations alors que Charbonnier a empilé 27 buts et Habib Diallo, 26.

Pour retrouver une telle disette il faut remonter à 2005/2006 où il n’y avait eu que 818 buts marqués.

Au-delà de cette caractéristique ces barrages ont aussi débouché sur des matchs très moyens avec une tension exacerbée. Les Lensois ont eu l’impression de sentir lésés après un penalty généreux et se sont beaucoup trop énervés, provoquant l’expulsion de Jean-Louis Leca. Un Troyen, Martins Pereira, finira exclu aussi.
La rencontre Paris FC – Lens a failli terminer en foire d’empoigne suite au but litigieux mais parfaitement valable accordé aux Parisiens dans les arrêts de jeu.

L’an passé, Brest et Le Havre s’étaient aussi sérieusement chauffés et la bagarre générale avait débouché sur une expulsion de chaque côté. Ce n’était rien à côté du match Ajaccio – Le Havre, reporté à cause d’incidents autour du stade, il s’est finalement joué 48h plus tard et a donné deux cartons rouges pour chaque équipe.

La confrontation contre la Ligue 1 a ensuite été une catastrophe. Avec les absents et les séquelles physique et émotionnelle, l’ACA n’a fait que subir les deux rencontres face à Toulouse.

Alors quel spectacle offrent ces barrages pour le moment? Du football? Non, les matchs ont tous été d’une qualité médiocre, donc l’aspect spectacle n’est pas au-rendez-vous à moins qu’on n’espère juste des matchs en mesure de générer du conflit.

Sportivement, la justice n’est pas présente. Un club qui a fini troisième mérite de monter, comme un club qui termine 18ème mérite de descendre..

En championnat régulier, le RC Lens a été dominé par le Paris FC avec trois points d’avance pour le PFC. Troyes, troisième, a fini avec huit points d’avance sur le RCL. Les 71 points troyens sont donc de facto effacés.

Avec ces play-offs, on ne récompense pas la meilleure équipe du championnat mais une équipe qui fait un coup sur deux ou trois matchs. Et c’est plutôt incongru d’attribuer la récompense d’un championnat qui dure 10 mois par le biais d’un match de coupe.

Lens va jouer l’accession, comme s’il avait fini troisième. Pourtant, Troyes a terminé huit points devant les Lensois avec 71 points, un total, qui d’ordinaire vous donne l’accession. Avec 71 points, les Troyens auraient même été champions en 2017.

D’un autre côté, peut-on trouver qu’un club qui termine avec 34 points, en ayant endurée 22 défaites mérite le maintien? La logique sportive voudrait que Dijon soit relégué et Troyes promu mais il n’en sera peut-être rien car la LFP a tout mis en place pour que le 18ème de Ligue 1 se sauve.

Les Lensois ont effectué deux matchs de 120 minutes cette semaine avec une décharge émotionnelle incroyable. En plus de la fatigue physique, ils vont devoir miser sur l’euphorie d’un groupe qui devra faire sans son gardien, exclu.

Comme si les embûches n’étaient pas assez grandes pour le club de Ligue 2, le match retour se déroule chez le club de Ligue 1. Pourquoi, sinon pour affaiblir encore le club de L2? C’est pour le spectacle?

Le dernier barrage en 2018 entre Toulouse et l’AC Ajaccio en témoigne, les Ajacciens, pourtant troisièmes, ont lâché toutes leurs forces contre Le Havre en play-offs.Toulouse, pourtant à l’agonie en L1, n’a eu aucune peine à sortir vainqueur de cette double confrontation.

Les Corses auraient du monter directement en Ligue 1, au lieu de ça, ils sont restés dans leur division et ont frôlé la relégation en National. Si les barrages procurent un énorme bonheur à celui qui en sort vainqueur, il cause beaucoup de dégâts à celui qui a tout perdu.

Il y a de la dramaturgie, le spectateur voit de  un peu de football et beaucoup de tension. Le grand intérêt là-dedans est surtout d’élaborer un système pour n’autoriser que deux accessions et donner l’illusion à l’étage inférieur que la promotion est plus ouverte avec un système de play-offs qui ne sert qu’à saper l’énergie des participants.

Si Lens arrive à renverser la faveur des pronostics, il aura fait preuve d’une immense force alors que tout est prévu pour que Dijon soit dans les meilleures dispositions pour se sauver. Reste que ce sont les Troyens qui auraient du faire la fête il y a une semaine au lieu d’avoir les yeux rougis aujourd’hui.

Le sens du sport était là.

Photo : @DominosLigue2

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